TEXTE DE LA PIECE

Extrait

 

LOÏC. Tu n’aimais pas notre vie ?
ANNA. Notre vie ? Mais elle ne tenait plus debout notre vie ! C’était quoi, notre vie ?!...
LOÏC. Mais enfin, qu’est-ce que tu veux ?
ANNA. Être "heureuse" ! J’y ai droit. Vivre ne suffit pas !
LOÏC. Vivre ne suffit pas ?! Mais comment peux-tu dire ça… toi ! ... aujourd’hui !?
ANNA. Justement, je le dis parce qu’aujourd’hui, j’ai faim et soif de bonheur ! Et toi aussi. Mais tu ne veux pas te l’avouer.
LOÏC. Sois gentille, laisse-moi en dehors de tout ça.
ANNA. Allons, sois honnête et reconnais-le…
LOÏC. Que je reconnaisse quoi ?
​ANNA. Que je ne te fais plus rêver.
LOÏC. Chérie...
ANNA. Avant, quand tu regardais les autres femmes, tu écarquillais les yeux comme un enfant devant une vitrine. Ça m’allait. Ça m’amusait même. Mais, ensuite, tu as posé sur elles un regard… un regard qui n’appartenait qu’à moi !
LOÏC. Je ne m’en suis pas rendu compte.
ANNA. C’est possible. Les hommes ont les mêmes yeux pour l’amour et pour le sexe. Ça m’a broyée. Tu allais nous détruire ! C’était programmé au fond de ton pantalon.
LOÏC. Enfin, Anna…
ANNA. C’est à ce moment-là que je suis tombée malade.
(…)
ANNA. Et puis j’ai guéri.
LOÏC. Comme tu dis ça…
ANNA. Je veux dire que je n’ai pas guéri seulement de ma maladie, j’ai aussi guéri de ma peur.
LOÏC. Quelle peur ?
ANNA. Ma peur de toi.
LOÏC. Tu avais peur de moi ?
ANNA. Horriblement. J’avais peur de ce que tu pensais et ne m’avouais pas. Peur de ce que tu m’avouerais un jour pour mieux cacher autre chose. Peur de t’entendre me dire que tu en aimes une autre et que ton bonheur se trouve ailleurs. Peur de devoir te haïr parce que tu aurais tout brisé. Peur de te savoir vainqueur à mes dépens et peur, en définitive, de n’être plus jamais moi, vraiment moi, mais seulement celle qui, un jour, aurait mal à cause de toi.
LOÏC. Je n’imaginais pas.
ANNA. Et puis, mon cancer a tout changé. Je ne pouvais pas me battre contre lui et contre toi en même temps, alors… j’ai tout lâché. D’une certaine façon, j’étais soulagée. Tu pouvais faire ce que tu voulais,...
(…)
ANNA. Quand j’ai refait surface, je n’avais plus qu’une idée en tête : vivre. Vivre ! VIVRE ! Mais je ne savais pas encore ce que cela voulait dire. Au début, j’ai tâtonné. Et puis, c’est venu d’un coup, comme un éblouissement ! Je me suis remise en marche ! Un temps. On veut nous persuader que tout ce qu’on fait, c’est pour l’argent, le pouvoir, l’amour ou même le sexe… mais il y a autre chose… une chose qui vient avant tout ça. Tu veux connaître la vérité ?
LOÏC. Mmm… la vérité ?…
ANNA. Oui, la vérité. La vérité, c’est qu’on désire avoir mais qu’on a peur de perdre ! Réfléchis ! Tout est là : l’énergie qui nous fait avancer, au début, mais aussi chaque désir auquel on finit par renoncer par peur des conséquences. Parce qu’il arrive un moment où on ne peut plus désirer sans risquer de perdre ce que l’on a. C’est là que la peur s’installe. Et on s’arrête. Et on moisit sur pied. Je suis restée immobile trop longtemps ; maintenant c’est fini. Maintenant, je veux vivre !...